
Acheter une entreprise : 7 risques commerciaux à vérifier
Acheter une entreprise : 7 risques commerciaux à vérifier avant l'acquisition
Acheter une entreprise est souvent une façon plus rapide de se lancer en affaires ou d'accélérer la croissance d'une entreprise existante. On acquiert une clientèle, une équipe, des équipements, des fournisseurs et, surtout, des revenus déjà établis. Du moins, c'est ce qu'on espère.
Lorsqu’un entrepreneur envisage un achat d’entreprise, il consacre généralement beaucoup de temps à examiner les états financiers. C'est normal. Il veut savoir si l'entreprise est rentable, comprendre ses dépenses, vérifier ses dettes et déterminer combien il peut raisonnablement payer.
Mais les états financiers racontent surtout ce qui s'est passé. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer si les clients continueront d'acheter après le départ du propriétaire, si les vendeurs resteront en poste ou si les revenus pourront réellement progresser.
Vous n'achetez pas seulement les profits réalisés par le vendeur. Vous achetez la capacité de l'entreprise à continuer de générer des revenus après son départ.
Cette distinction mérite une attention particulière. Une acquisition peut être intéressante sur papier et devenir beaucoup moins rentable si les ventes ralentissent dans les mois qui suivent. Et lorsqu'un entrepreneur a investi une bonne partie de ses liquidités dans la transaction, il dispose rarement d'une grande marge de manœuvre pour absorber une mauvaise surprise. C’est l’angle mort de la due diligence — la vérification diligente : on valide les chiffres, rarement les clients.
Un marché du transfert d'entreprise en pleine transformation
Le phénomène prendra de l'ampleur au cours des prochaines années. Selon une étude publiée en octobre 2026 par la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), 63 % des propriétaires de PME canadiennes prévoient de quitter leur entreprise d'ici dix ans. La FCEI évoque plus de 2 000 milliards de dollars d'actifs susceptibles de changer de mains.
Pour les entrepreneurs québécois qui envisagent une acquisition, les occasions seront nombreuses. Mais une entreprise à vendre n'est pas nécessairement une bonne acquisition. Il faudra savoir distinguer un historique financier intéressant d'une organisation capable de maintenir ses revenus et de poursuivre sa croissance après le départ du propriétaire.
Cette question est particulièrement importante dans les PME, où les relations avec les clients, les décisions commerciales et les connaissances du marché reposent souvent sur un petit nombre de personnes.
Voici sept risques qui méritent une attention particulière avant de signer.
1. Acheter une entreprise dont les revenus dépendent de quelques clients
Il n'est pas rare qu'une PME réalise une partie importante de son chiffre d'affaires avec une poignée de clients. Dans certains secteurs, notamment la fabrication, la distribution ou les services spécialisés, cette concentration fait même partie de la réalité commerciale.
Le problème n'est pas nécessairement d'avoir de gros clients. Le problème, c'est de ne pas comprendre à quel point l'entreprise dépend d'eux.
Prenons une PME qui réalise une bonne partie de ses ventes auprès de deux grands donneurs d'ordres. Les relations sont excellentes, les commandes arrivent régulièrement et le propriétaire affirme qu'il n'y a aucune raison de s'inquiéter. Peut-être a-t-il raison. Mais que se passerait-il si l'un de ces clients changeait de fournisseur, réduisait ses commandes ou décidait de négocier ses prix à la baisse?
Pour l'acheteur, les conséquences pourraient être importantes. Les salaires, le loyer, les équipements et plusieurs autres dépenses demeureraient les mêmes, alors que les revenus diminueraient. Une baisse relativement modeste du chiffre d'affaires peut parfois entraîner une réduction beaucoup plus importante des profits.
Avant d'acheter, il faut donc regarder au-delà du total des ventes. Comment les revenus sont-ils répartis entre les clients? Cette répartition a-t-elle changé au cours des dernières années? Les principaux clients sont-ils en croissance ou en déclin? Et surtout, pourquoi continuent-ils de faire affaire avec cette entreprise?
Ce sont des questions qui peuvent influencer non seulement le prix d'achat, mais aussi les priorités commerciales des premiers mois suivant la transaction.
2. Découvrir que les clients étaient surtout fidèles à l'ancien propriétaire
Dans une PME, le propriétaire est souvent beaucoup plus qu'un gestionnaire. Il est aussi le meilleur vendeur, le principal négociateur et la personne que les clients appellent lorsqu'ils ont un problème.
Cette proximité peut avoir contribué au succès de l'entreprise pendant des années. Elle représente cependant un risque important lorsqu'il est temps de passer le flambeau.
Imaginez que vous achetiez une entreprise de services dont les principaux clients font affaire avec le fondateur depuis quinze ou vingt ans. Ils apprécient son jugement, sa disponibilité et sa connaissance de leurs besoins. Après la transaction, il quitte progressivement ses fonctions et vous prenez sa place.
Rien ne garantit que ces clients vous accorderont automatiquement la même confiance.
Il ne suffit pas de leur envoyer une lettre annonçant le changement de propriétaire. La relation commerciale doit être transférée, et cela demande parfois plusieurs mois. Les clients doivent connaître les nouveaux responsables, comprendre ce qui changera et, surtout, être rassurés sur ce qui ne changera pas.
La préparation des vendeurs mérite d'ailleurs qu'on s'y attarde. Selon la FCEI, seulement 6 % des propriétaires de PME disposent d'un plan de relève formel. Un acheteur ne devrait donc pas présumer que le transfert des relations clients, des connaissances commerciales et des responsabilités aura été organisé avant son arrivée.
Lors des discussions avec le vendeur, portez une attention particulière aux relations qu'il entretient personnellement. Quels clients communiquent directement avec lui? Qui prend les décisions commerciales importantes? Existe-t-il d'autres employés capables de maintenir ces relations?
Un vendeur qui accepte de participer activement à la transition peut apporter une valeur considérable. Encore faut-il que cette collaboration soit prévue et organisée avant son départ.
3. Confondre clients réguliers et revenus garantis
Une entreprise peut avoir des clients qui achètent chaque mois depuis plusieurs années sans pour autant disposer de revenus contractuellement garantis.
Cette distinction est importante, particulièrement lorsque le prix demandé repose en partie sur la stabilité du chiffre d'affaires.
Un distributeur peut recevoir des commandes régulières de ses clients sans avoir signé d'ententes à long terme. Une entreprise de services peut compter sur des renouvellements annuels qui se font presque automatiquement. Un fabricant peut bénéficier d'un carnet de commandes intéressant, mais dont une partie reste susceptible d'être reportée ou annulée.
Ces situations ne présentent pas toutes le même niveau de risque.
Il faut comprendre ce qui explique la répétition des achats. Est-ce la qualité du service? Le prix? La difficulté de changer de fournisseur? Une relation personnelle? Un contrat? Ou simplement une habitude que personne n'a remise en question jusqu'à maintenant?
L'acheteur devrait également examiner les échéances des principales ententes et les conditions qui pourraient permettre à un client de les résilier. Certaines transactions peuvent aussi nécessiter des consentements contractuels particuliers.
Ce travail ne remplace évidemment pas l'analyse juridique des contrats. Il permet toutefois de mieux comprendre la réalité commerciale derrière les revenus présentés dans les états financiers.
4. Acheter une clientèle que personne ne connaît vraiment
Lorsqu'on achète une entreprise, on suppose généralement que les informations sur ses clients sont accessibles et bien organisées. Ce n'est pas toujours le cas. C’est pourtant l’une des vérifications les plus utiles de la due diligence : savoir qui connaît quels clients, et où l’information est conservée.
Dans certaines PME, le propriétaire connaît personnellement les clients importants, les conditions particulières qui leur ont été accordées et les projets qu'ils envisagent. Le représentant des ventes conserve ses notes dans son ordinateur. Les suivis sont dispersés dans les courriels, et l'historique des échanges repose largement sur la mémoire de quelques employés.
Tant que ces personnes demeurent en poste, l'entreprise peut fonctionner relativement bien. Mais que se passe-t-il lorsque le propriétaire part ou qu'un employé clé décide de quitter?
Le repreneur découvre alors qu'il a acheté un portefeuille clients sans nécessairement disposer de toute l'information pour l'exploiter.
Il devient difficile de savoir quels clients achètent moins qu'avant, lesquels présentent un potentiel de croissance ou quels engagements ont été pris au cours des derniers mois. Cette situation peut également compliquer les efforts de fidélisation et de développement des ventes.
Un système de gestion de la relation client peut aider à structurer ces informations. Encore faut-il que les données soient fiables et que les employés utilisent réellement les outils à leur disposition.
Avant de conclure une acquisition, il vaut donc la peine de comprendre comment l'entreprise gère ses relations commerciales. Pas uniquement quels logiciels elle utilise, mais comment les informations circulent et comment les suivis sont effectués.
Nous abordons plus en détail cette question dans notre article sur les données clients et la vérification diligente lors de la vente d'une entreprise.
5. Sous-estimer la dépendance envers les employés clés
Lorsqu'on achète une PME, on acquiert aussi une organisation qui possède ses habitudes, ses forces et ses faiblesses. Et dans bien des cas, les résultats commerciaux reposent sur quelques personnes particulièrement expérimentées.
Un représentant entretient depuis des années les relations avec les plus gros clients. Un directeur commercial connaît personnellement les décideurs du secteur. Un employé responsable des soumissions possède une connaissance approfondie des prix et des conditions négociées.
Ces personnes apportent une valeur importante à l'entreprise. Mais leur départ peut aussi provoquer une désorganisation commerciale difficile à corriger rapidement.
L'acheteur doit donc s'intéresser au fonctionnement réel des ventes. Comment les occasions d'affaires sont-elles identifiées? Qui prépare les offres? Comment les clients sont-ils suivis? Existe-t-il des processus connus de l'équipe ou chacun travaille-t-il à sa façon?
Il faut aussi comprendre les attentes des employés clés. Certains accueilleront favorablement le changement de propriétaire. D'autres pourraient y voir une occasion de prendre leur retraite, de changer d'emploi ou de lancer leur propre entreprise.
Cette dimension humaine est souvent aussi importante que les outils et les procédures. Un repreneur qui prend le temps de comprendre son équipe et de conserver les personnes essentielles se donne de meilleures chances de maintenir les revenus pendant la transition.
6. Payer aujourd'hui pour une croissance qui n'existe pas encore
Lorsqu'une entreprise est mise en vente, son potentiel de croissance occupe souvent une place importante dans les discussions.
Le vendeur peut évoquer de nouveaux marchés, des produits à lancer, des augmentations de prix ou des occasions de ventes croisées auprès de la clientèle existante.
Ces possibilités peuvent être intéressantes. Elles ne constituent toutefois pas des revenus acquis.
Prenons une entreprise qui réalise des ventes intéressantes au Québec et dont le propriétaire affirme qu'elle pourrait facilement développer le marché ontarien. L'occasion est peut-être réelle. Mais l'entreprise possède-t-elle une équipe capable de servir ce marché? A-t-elle identifié des clients potentiels? Quel investissement sera nécessaire? Combien de temps faudra-t-il pour obtenir des résultats?
La croissance ne se réalise pas simplement parce qu'un marché existe.
Elle exige généralement des investissements, du temps, des compétences et une capacité d'exécution. Et ces ressources ne sont pas nécessairement disponibles au moment où le repreneur doit déjà financer son acquisition.
Il faut donc distinguer ce que l'entreprise réalise actuellement de ce qu'elle pourrait réaliser avec une stratégie commerciale différente.
Le potentiel de croissance mérite d'être évalué, mais il ne devrait pas être confondu avec les revenus déjà démontrés. Cette distinction est particulièrement importante lorsque les projections du vendeur influencent le prix demandé.
7. Négliger les premiers mois après l'acquisition
Une acquisition ne se termine pas à la signature des documents. Pour le repreneur, une bonne partie du travail commence à ce moment-là.
Les employés veulent savoir ce qui changera. Les clients s'interrogent sur la continuité du service. Les fournisseurs cherchent à comprendre les nouvelles orientations. Et le nouveau propriétaire doit rapidement apprendre à connaître une organisation qu'il ne maîtrise pas encore complètement.
Dans ce contexte, la tentation peut être grande de modifier rapidement les prix, les processus ou les responsabilités pour améliorer la rentabilité. Certaines décisions seront nécessaires, mais leur rythme mérite d'être réfléchi.
Un changement qui semble logique sur papier peut avoir des conséquences inattendues sur les relations commerciales.
Le repreneur devrait donc préparer la transition avant même de prendre possession de l'entreprise. Quels clients devront être rencontrés personnellement? Quels employés joueront un rôle essentiel dans la continuité des ventes? Quelles décisions peuvent attendre quelques mois? Et quels problèmes devront être réglés immédiatement?
Les 90 premiers jours constituent une période importante pour établir la confiance et comprendre la réalité de l'entreprise. Mais ils ne suffisent généralement pas à transformer durablement son fonctionnement commercial.
La croissance après acquisition exige souvent un accompagnement plus long, avec des priorités claires, des responsabilités définies et un suivi régulier des résultats.
Une acquisition réussie se prépare avant la transaction et se construit après
Selon l'étude de la FCEI, 47 % des propriétaires de PME considèrent la recherche d'un acheteur ou d'un successeur adéquat comme un obstacle majeur à leur relève.
Cette préoccupation est compréhensible. Pour plusieurs entrepreneurs, l'entreprise représente des années de travail, des relations d'affaires et des responsabilités envers les employés. Ils souhaitent naturellement trouver une personne capable d'en assurer la continuité.
Du point de vue de l'acheteur, cependant, la question ne devrait pas se limiter à savoir si l'entreprise constitue une bonne occasion financière.
Il faut aussi déterminer ce qui permettra de conserver les clients, de maintenir les ventes et de développer l'entreprise une fois la transaction réalisée.
Les risques commerciaux identifiés avant l'acquisition peuvent devenir les premières priorités du plan de croissance. Une forte dépendance envers quelques clients peut mener à une diversification du portefeuille. Des relations trop concentrées autour du propriétaire peuvent justifier une transition structurée. Une équipe commerciale peu organisée peut bénéficier de processus plus clairs et d'un meilleur suivi.
C'est ici que la préparation et l'exécution prennent toute leur importance.
La vérification diligente financière, juridique et fiscale demeure essentielle. Mais elle gagne à être complétée par une analyse commerciale qui regarde au-delà des résultats historiques et s'intéresse à la capacité future de l'entreprise à générer des revenus.
DGIT Management : accompagner la croissance avant et après l'acquisition
Chez DGIT Management, nous accompagnons les propriétaires et les repreneurs de PME dans l'analyse de leurs enjeux commerciaux, la définition de leurs priorités et leur mise en œuvre.
Nos experts seniors possèdent eux-mêmes une expérience entrepreneuriale. Notre approche repose sur un travail collaboratif avec les dirigeants et leurs équipes, afin de transformer les décisions stratégiques en actions concrètes.
Notre intervention peut commencer avant une acquisition et se poursuivre après la transaction, notamment pour préserver les relations clients, structurer les ventes et soutenir la croissance des revenus sur 12 mois ou davantage, selon les besoins.
Pour comprendre comment nous soutenons les repreneurs, consultez notre page Transfert d’entreprise et repreneuriat.
